Extension portuaire de Port La Nouvelle

Le rapport DNV GLi (Maritime Forecast to 2050), paru fin 2017 a fait du bruit dans le milieu du shipping.  Celui-ci anticipe (hors contingences extérieures type crise financière ou géopolitique) une forte augmentation du trafic containers jusqu’en 2030, (y compris
pour les vracs solides), une stagnation ensuite et une baisse généralisé du trafic mondial en 2050. Il tendrait donc à montrer que le projet d’extension de PLN est à contre temps. Sans terminal containers, il sera réalisé au moment où les échanges ne croitront plus. Cela conforte les avis déposés à l’enquête publique invoquant l’obsolescence du projet !

Au cours de l’enquête publique, nous avons dit, rapports scientifiques à l’appui, comment la situation actuelle était alarmante et les effets prévisibles plus importants qu’attendus par l’étude d’impact. Nous ne reviendrons pas non plus sur la destruction des centaines d’hectares de fonds marins…
Mais revenons au rapport d’enquête publique avec un petit rappel contextuel :

La production de biomasse dans le Golfe du Lyon est tributaire non seulement du bon état de ses eaux mais également de celles des lagunes adjacentes. Ces lagunes sont essentielles pour des espèces à forte valeur ajoutée (loup, anguilles, soles, daurades…) ou plus patrimoniales comme les hippocampes, les grandes nacres ou les aplysies (lièvre des mers). En général, l’état de ces lagunes est dégradé.

Cependant l’une d’entre elles connait depuis une dizaine d’années une dynamique de restauration. Le complexe lagunaire Bages-Sigean dont il s’agit, ici, ne communique avec la Méditerranée que par un grau, unique, long et étroit, qui plus est, occupé par un port de commerce.
L’extension de ce port peut-elle se faire sans influence sur le fonctionnement du grau ?
A l’issue de l’enquête publique pour cette extension, la Région a fait une proposition
destinée à rassurer tous ceux (nombreux) qui s’inquiètent pour le devenir de cet étang. Carole Delga et Didier Codorniou se sont répandus en propos lénifiants. Leur discours a été à peu près : « Nous avons écouté les inquiets et leur avons répondu, ils ne peuvent qu’être rassurés ». Hélas, il n’y a là, rien qui puisse nous rassurer. En l’occurrence, un comité d’expert va être chargé du suivi des travaux. Cela concerne en particulier (mais pas que) l’amélioration des connaissances sur les échanges mer-étang avec un meilleur calage du modèle de circulation qui a été utilisé pour l’étude d’impact. La maîtrise d’ouvrage ajoute que ce modèle a été validé par tout le monde.
La commission d’enquête a complaisamment relayé cette affirmation. Pourtant, c’est
factuellement FAUX. Le dossier d’enquête publique, volume 7 contient un avis émanant du conseil scientifique du PNR qui le critique de manière indirecte (page 119/155). Ce même volume présente également une critique directe (page 75/155) formulée par l’Agence Française pour la Biodiversité.
S’il est vrai que l’autorité environnementale (MRAE) a validé ce modèle, la lecture du PV de la réunion (p 459/476 du rapport d’enquête publique) au cours de laquelle il l’a été, ne laisse pas paraître une adhésion enthousiaste. D’ailleurs, les services de l’état avaient-ils connaissance des articles publiés par IFREMER sur le sujet ? De plus, au cours de l’enquête publique, plusieurs intervenants ont demandé pourquoi ce modèle avait été utilisé au détriment de celui élaboré par IFREMER, largement financé par la Région. La maîtrise d’ouvrage n’a apporté aucune réponse !
De même, tout au long du rapport d’enquête publique, la maîtrise d’ouvrage fanfaronne en disant qu’il n’y aura pas d’impact sur ces échanges, sur la base des résultats de son modèle de simulation, ce que de la commission d’enquête reprend à son compte. Toutefois, cela ne pourrait avoir de signification concrète que si les études étaient en mesure de montrer que telle réduction des volumes transitant par le grau va entraîner telle augmentation (ou pas) de l’eutrophisation par le biais du renouvellement des eaux lagunaires. Page 444/476 du rapport d’enquête publique, sous la  plume des services de la Région, nous lisons : « Pour rappel, le but de l’étude n’était pas d’étudier le taux de renouvellement de la lagune (un modèle spécifique et des données internes à l’étang
auraient été alors nécessaires), mais de montrer que le projet n’a pas d’incidence». Aveux navrant !
LES AFFIRMATIONS QU’IL N’Y A PAS D’INCIDENCES NE REPOSENT SUR RIEN
Notons au passage que ce fameux modèle spécifique existe, c’est celui d’IFREMER et comme nous l’avons souligné dans notre contribution à l’enquête publique, il a montré sa robustesse notamment lors du démantèlement de l’ancien barrage à vanne.
Le groupe d’expert qui va suivre le projet pourra proposer des mesures correctives, nous
dit-on. En cours de travaux, nous pouvons facilement les imaginer : bâches de confinement, suspension des travaux… Par contre, en phase exploitation, il sera trop tard, il n’y en aura pas. Les experts constateront le renversement de la dynamique de restauration du complexe lagunaire sans qu’aucune intervention ne soit possible.
Nous pensons devoir rappeler que la dynamique de restauration est en grande partie due à l’amélioration des échanges mer/étang par la déconstruction (cf. supra) partielle d’un ancien barrage.
Cette opération n’a pas été complète pour une raison particulière : la limitation des apports de sédiments vaseux des étangs vers le port. Dans le cadre de ces mesures correctives, nous pourrions imaginer un complément de déconstruction (palplanches, piles d’un ancien pont…) mais nous assisterions alors à un fort envasement du port historique…. Avec quel impact sur le coût des dragages ? Lesquels ont une incidence sur les transits d’ichtyofaune et potentiellement sur les herbiers de zostères de l’étang.
Moralité, lorsqu’on touche à des systèmes complexes, les conséquences peuvent être
inattendues et pas forcément celles qui sont désirées. Les écologistes sont les mieux placés pour les dénoncer et dire : ça suffit !
Dernier point, nous avons appris de « sources proches du dossier » qu’un accord financier avec les gestionnaires des dépôts pétroliers avait été trouvé…. A la suite de l’enquête publique, Carole Delga a annoncé la création prochaine d’une SEMOP (page 374/476 du rapport d’enquête publique) chargée de la suite du projet et sa gestion. Dans cette même annonce, elle confirme que l’étape 1 du projet, entièrement financée par les collectivités publiques est « non productive » (sic !) alors que la suite, partiellement financée par des privés sera, elle, productive et à leur profit.

Nous avons qualifié cette opération de privatisation rampante reposant sur le schéma classique de la socialisation des pertes et privatisation des profits. Par ailleurs, il n’est pas évident que cela aboutisse. En effet, nous n’avons aucun exemple de SEMOP gérant des ports de commerces maritimes ; seuls quelques ports de plaisance, un port fluvial…
Quoiqu’il en soit, en fonction de ces données, doit s’appliquer l’article L 123-14 du code de l’environnement qui prescrit une enquête publique complémentaire lorsque l’économie générale du projet est en jeux. La jurisprudence ayant trait à la notion d’économie générale est étendue aux conditions financières du projet…
L’affaire n’est donc pas bouclée. Il est encore temps pour nos élus de faire entendre leurs
voix d’écologistes soucieux de l’environnement. Privilégier une infrastructure à l’utilité contestable au détriment de la biodiversité marine et de l’environnement d’une manière générale est une question éminemment politique. La démission de Nicolas Hulot nous a montré que les compromis sans rapport de force nous conduisaient au mur. Allons-nous répéter l’expérience en région ?

Rédigé par EELV Groupe local du Narbonnais, le 6 septembre 2018. Contributions de
Marie Laure ARRIPE, Albert CORMARY et Mariette GERBER, avec le soutien de la
coordination départementale Aude

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DNV GL est une société mondialisée dont le siège social est à Oslo. Son activité couvre essentiellement les services dans le management de la qualité et des risques. L’étude dont il est question, ici, tient compte des facteurs de population, croissance des gaz à effet de serre, énergie consommée, prévisions d’échanges commerciaux, différences géographiques et l’impact des nouvelles normes et technologies

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